J'ai testé pour vous : la réorientation professionnelle (3 fois)

avril 04, 2018

Hello all !

Aujourd'hui, on va aborder un thème un peu sérieux : le choix de notre métier. Je vais vous parler de mon expérience, et des conséquences qu'ont eu mes choix sur la situation que j'ai aujourd'hui.

En France, il faut, très tôt, avoir une idée (assez précise) de ce que l'on veut faire. J'ai le souvenir qu'on commençait déjà à nous parler "vie active" en début de troisième.

Honnêtement, à 14-15 ans, nous étions très peu à savoir ce que l'on souhaitait faire. Et nos choix d'orientation étaient, dans la bouche de certains professeurs, décrits come CA-PI-TAUX.

Un peu comme le dernier choix de notre vie, qui régirait tout le reste de notre existence.

Don Camillo vient de se rendre compte qu'il s'était trompé d'orientation

Cette vision alarmiste poussait certains profs et certains parents à s’immiscer dans le choix d'orientation des élèves.

Aussi, lorsqu'en fin de troisième, la bonne élève que j'étais a voulu partir en BAC Pro Esthétique - Cosmétique - Parfumerie, ça a été un peu le branle-bas de combat (tant à la maison qu'au sein de l'équipe pédagogique de mon collège privé).

Si ma mère était plutôt du genre "la filière pro est un très bon choix, au moins tu as un métier dans les mains".

Du côté de mon père c'était "Avec les notes que t'as, tu devrais passer un BAC scientifique plutot".

Chez les profs, si certains se sont abstenus de donner leur avis, d'autres ont carrément décrété que m'envoyer en filière pro serait "du gâchis".

C'est ainsi que je me suis retrouvée à faire une Seconde Générale.

Mon (bref) passage en filière générale :

A ma rentrée en Seconde, je m'étais plus ou moins résignée au fait de devoir enchaîner mes 3 années de Générale avant d'enfin pouvoir faire ce qu'il me plairait. Pour montrer ma bonne foi, je m'étais même inscrite à l'option "Mesures Physiques et Informatiques", qui était à l'époque l'option recommandée lorsqu'on voulait faire un BAC S.

Malheureusement, le manque de motivation s'est vite fait ressentir. Et particulièrement pour cette matière. J'ai culminé à 4/20 toute l'année.

Petite dédicace à cette prof, reine de la punchline, qui avait mis dans mon bulletin
"Attention, contrairement à la matière, votre travail ne doit pas être une option".



Malgré tout, j'ai maintenu des notes correctes dans les matières principales, et au bout du compte, à la fin de ma Seconde j'ai pu intégrer une petite école d'esthétique !

Mes trois ans de Bac Pro :

A la rentrée suivante, j'ai donc intégré une école d'esthétique (privée, encore une fois) en "initial" (ça veut dire que le cursus se fait à l'école, avec quelques semaines de stage, mais pas en alternance, comme c'est le cas de l'apprentissage par exemple).

Dès le départ, je me suis dit : "Chouette, on est 10-12 par classe, ça va être de super conditions pour apprendre". Effectivement, le fait que la structure soit petite permettait à l'équipe pédagogique de vraiment connaître les élèves et d'entretenir des relations plus "humaines" que ce que j'avais pu connaître précédemment.

Mon enthousiasme le jour de la rentrée
Là où de nombreuses personnes voient en l''esthétique une "voie de garage" je peux vous assurer que c'est une filière exigeante, et surtout dans les matières professionnelles.

Au-delà des soins du visage, du corps, des épilations et du maquillage, on a toute une partie du cursus qui porte sur la Biologie appliquée (fonctionnement de la peau, anatomie du squelette et des muscles - que l'on doit connaître par cœur, notamment pour le crâne, les mains, les pieds et le dos ; pathologies de la peau...). On a aussi toute une partie du programme sur la cosmétologie, c'est à dire les composants des cosmétiques, à quoi ils servent, quels sont leurs risques...

Concernant la pratique, mon truc à moi, c'était les ongles. Ça tombait bien, on était en plein âge d'or du nail-art. J'ai notamment participé au concours de l'école, où j'ai pu faire ma place avec cette réalisation : 



J'ai obtenu mon Bac Pro sans trop de difficultés, et ai quitté les bancs de l'école avec la ferme intention de travailler dès la fin de l'été, et, d'ici quelques années, de lancer ma propre entreprise.

Mon arrivée sur le marché du travail :

Malheureusement, j'ai très vite déchanté. Je vis dans une région où il y a beaucoup d'écoles d'esthétique, donc beaucoup de diplômées chaque année, et aussi beaucoup de stagiaires qui présentent l'avantage, pour les petits instituts, d'être une force de travail "gratuite". 

Le marché du travail dans ce secteur d'activité est donc particulièrement saturé, et il faut bien avouer qu'avec mes 12 semaines de stage sur 3 ans, je ne pouvais rivaliser avec l'efficacité des candidates qui sortaient de 3 à 4 ans d'apprentissage. 

Ajoutez à cela une fantastique (non) incapacité à me valoriser et à me vendre, et vous comprendrez vite pourquoi je n'ai pas trouvé de travail dans l'esthétique après ma sortie de l'école.

Ayant malgré tout un frigo à remplir, je me suis mise en tête de trouver un travail, quel qu'il soit. C'est ainsi que j'ai pu exercer un deuxième métier : vendeuse en prêt-à-porter. Coup de chance pour un emploi dans ce milieu, c'était un contrat relativement long (6 mois avec opportunité de CDI) et à temps plein. 

J'ai donc intégré une équipe de 5 personnes où j'ai pu gagner en confiance en moi, grâce au contact quotidien avec les clientes. J'ai également beaucoup appris sur les différentes matières des vêtements, les coupes qui peuvent aller à telle ou telle morphologie...

Toutefois, au bout d'un an, j'ai commencé à sentir qu'il me manquait quelque chose. Que j'aimais bien ce que je faisais, mais que je commençais à m'ennuyer. Il était évident que je ne souhaitais pas rester vendeuse toute ma vie, mais les quelques évolutions possibles dans la société ne m'attiraient pas.

L'idée de reprendre mes études a donc germé progressivement dans ma tête. Je savais que j'avais toujours pour ambition de monter mon entreprise. Je savais aussi que j'aimais toute la partie "gestion" du magasin (sortir et analyser les chiffres du jour, observer la progression par rapport à l'année passée). J'avais également une certaine affinité pour les chiffres d'une manière générale (coucou c'est moi qu'on appelait en cas d'erreur de caisse).

A la fin de mon contrat, au bout d'un an et demi de bons et loyaux services, je me suis donc mise en quête d'une formation en comptabilité.

La Quête de la formation idéale :

J'ai tout d'abord présenté mon projet à mon conseiller Pôle Emploi, en espérant obtenir un financement pour une formation BAC +2 à faire en un an. Ce fut un échec puisque, dans ma région, Pôle Emploi ne finance aucune formation au-delà du BAC.

J'ai donc ensuite démarché de multiples établissements scolaires, proposant à la fois la formation en accéléré, et en alternance. Cela signifiait donc que, pour pouvoir accéder à la formation, il me fallait trouver une entreprise.

J'ai envoyé de très nombreuses candidatures, certaines restées sans réponses, d'autres débouchant sur des refus, et d'autres encore m'ouvrant droit à des entretiens, mais jamais le Saint-Graal du contrat signé.

Et puis, au fil de mes recherches, j'ai fini par tomber sur une autre formation. En 2 ans cette fois, mais bien plus proche de mon besoin de polyvalence : le BTS Assistant(e) de Gestion. C'est une formation qui regroupe tout ce qui fait la gestion quotidienne d'une entreprise : communication interne / externe, relation avec les clients et fournisseurs, organisation et planification des activités administratives, gestion RH, etc. Ça a été un véritable déclic en lisant la fiche descriptive : c'était ÇA, que je voulais faire.

Le centre de formation que j'avais choisi avait même une liste d'entreprises avec lesquelles ils avaient l'habitude de travailler, et dans laquelle j'ai trouvé l'entreprise qui m'a embauchée pour 2 ans d'apprentissage.

Au bout de 6 mois de recherches et plus de 200 candidatures envoyées, j'avais enfin mon contrat  d'apprentissage signé.

Mon BTS Assistant(e) de Gestion :

J'ai donc intégré un CFA situé à 30 minutes de chez moi, et une entreprise située elle à 1 heure de chez moi.

Au centre de formation, nous étions neuf dans ma promo. Toutes des femmes, et la plupart n'ayant jamais mis les pieds dans le monde du travail (à l'exception d'une autre reconvertie, et de moi-même).

J'avoue que mon plus gros frein à ma reprise d'études n'étaient pas les études en elles-mêmes, mais le contact avec les autres "élèves". Finalement, même si les premiers mois ont pu être tendus, toute la promo a vite trouvé une sorte de synergie, mêlant partage d'expériences en entreprise et entraide sur les différents dossiers à monter pour les examens. Je suis donc plutôt bien tombée !

Côté entreprise, cela s'est également globalement bien passé. J'avais un tuteur satisfait de mon investissement et de mon travail, bien que les relations avec certains collègues étaient parfois un peu plus houleuses.

Ces deux ans ont été plutôt intenses. De par le nombre important de dossiers à rendre pour l'examen (une petite dizaine, si on compte bien toutes les sous-parties des différents oraux) mais aussi par le temps que je perdais chaque jour sur la route pour me rendre en entreprise. Un temps que je ne pouvais donc pas passer ni à m'avancer sur mes dossiers, ni à me reposer.

A la fin des deux ans (ou plutôt un an et demi) j'ai obtenu de meilleurs résultats à mon BTS que je n'en avais obtenus à mon Bac Pro. Probablement parce que j'arrivais mieux à comprendre les attendus dans chaque matière.

Quand s'est rapprochée la fin de mon cursus, le temps fut venu d'aborder avec mon employeur un possible avenir chez eux. Ils avaient effectivement un poste à me proposer, mais le poste en question ne me convenant pas tout à fait, je me suis dit que la fin de mon contrat serait l'occasion d'aller apprendre plus de choses ailleurs, dans une autre entreprise. C'était aussi l'occasion de voir ce que mon profil valait sur le marché du travail.

En route vers le marché du travail (encore) :

Pour savoir ce que l'on vaut sur le marché du travail, il faut signifier au marché que l'on est disponible. J'ai donc mis à jour mon CV avec mes compétences fraîchement acquises, et me suis inscrite sur tous les job-boards possibles.

Surtout, j'ai bien défini le type de poste que je cherchais, pour m'éviter de dépenser de l'énergie pour des postes qui ne me convenaient pas. J'ai décroché plusieurs entretiens, certains où mon profil a plu à l'entreprise mais où le contact n'est pas passé de mon côté, d'autres où c'était l'inverse.

Jusqu'à trouver l'entreprise dans laquelle je travaille actuellement. A vrai dire je n'ai été au "chômage" que 7 jours après mon départ de l'entreprise où j'avais effectué mon apprentissage. J'occupe un poste polyvalent, qui tend à se spécialiser sur le domaine RH. Le tout en cohérence avec mon objectif initial : monter en compétences.

Récemment, lors d'une "soirée des anciens" au CFA, une de mes anciennes formatrices m'a demandé si je comptais garder ce poste. J'ai revu dans cette question toute une façon de penser qui est pour moi obsolète et incompatible avec le marché du travail tel qu'il tend à devenir. Une vision selon laquelle, si l'on a un CDI, on se doit de le garder à tout prix.

Oui, à aujourd'hui, ce poste me plaît. Mais comme pour tout, ce poste n'est pas parfait. Et peut-être que d'ici quelques mois, des défauts qui me paraissent négligeables aujourd'hui me deviendront insupportables. Ou peut-être que je trouverai une opportunité professionnelle qui me permettra de progresser plus, ou d'avoir une meilleure place.

Alors oui, aujourd'hui je souhaite garder ce poste. Mais certainement pas à tout prix. Pas au point d'accepter tout et n'importe quoi de la part de mon entreprise. Et si je ne me sens plus à l'aise dans mon travail actuel, probablement que je partirai. Et peut-être même pas pour un CDI.

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Ce post n'a pas pour but de vous dire "regardez comme je m'en suis bien sortie", mais plutôt de dédramatiser (un peu) l'orientation professionnelle.

Dans cette période où certains sont en train de choisir ce qu'ils vont faire après leur troisième, ce qu'ils vont faire après leur BAC ou autre, je me suis dit que mon témoignage pouvait montrer que, même si vous veniez à "vous tromper" ce n'est pas aussi catastrophique que ce que l'on veut bien vous faire croire. Rien n'est définitif dans le monde du travail.

Et toi, tu en es où dans tes choix d'orientation ? Plutôt Sciences-Po ou élevage de chèvres en Ardèche ?

Enjoy !


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